In Memoriam

Pas de galerie ici. Dans un chapitre photo, c’est un peu saugrenu.
Juste une évocation de lieux que je n’aurais pas la chance de visiter.
Des lieux maintes fois shootés et décrits sur les sites spécialisés mais qui ont irrémédiablement disparus. Ils n’ont pu résister face aux démolisseurs envoyés par les autorités. Ces mêmes autorités qui prennent un malin plaisir à effacer les vestiges de ces sites qui ont fait la grandeur et la richesse de notre pays. Des sites qui ont été le théâtre d’affrontements sociaux. Des lieux qui ont été les symboles d’une ville, voire d’une région entière. Ces lieux où je ne pourrais malheureusement jamais poser mon appareil photo.
J’ai recommencé mon hobby trop tard...

D’autres endroits n’ont certes pas disparu mais ont été totalement dénaturés. Autrement dit, plus aucun intérêt pour moi.
Le patrimoine industriel belge n’existe pas. A part l’une ou l’autre exception (Bois-du-Casier, Beringen), tous les sites désaffectés finissent en poussière. Pourtant, comme expliqué à l’instant, ces lieux ont été au centre d’un nombre incalculable de personnes. Des générations qui y ont passé leur vie. Aucune importance.
Puis vint la fermeture et la suite est connue. Des armées de ferrailleurs et de vandales s’approprient la place et y ravagent tout ce qui peut l’être. Ensuite, après plusieurs années (voire décennies !), les autorités débarquent (bien souvent cachées derrière la SPAQUE) et décrète que tout doit dégager « parce que ce n’est pas beau et que c’est dangereux ». Les reconversions respectueuses des sites et de l’environnement sont pourtant possibles : il suffit de passer la frontière. Mais en Belgique, on est adepte de la vision à trop court terme. Ce n’est pas maintenant que cela va changer.
Pourtant, le Berlaymont, au cœur du quartier européen de Bruxelles, est lui toujours debout. Bien que déclaré insalubre en 1991 à cause de la présence d’amiante, ce colosse de béton a bénéficié d’une rénovation coûtant une somme astronomique à l’Etat belge et qui dura treize longues années. Et ce, uniquement, pour le plaisir de nos très chers et inutiles fonctionnaires européens. Lui aussi était moche et dangereux...

J’ai toujours été attiré par les vieilles pierres mais pas seulement celles des châteaux et cathédrales. Par les sites industriels aussi.
On y trouve une esthétique propre, introuvable ailleurs. Un joyeux enchevêtrement de tôles, de verre et de béton, et après l’abandon, de verdure. Il est possible d’y trouver une certaine beauté. Ce n’est bien-sûr que mon avis. Mais je ne suis pas le seul à le partager.

Au milieu de ces amas de tôles rouillées se trouve le Kasteel Van Mesen, à Lede en Flandre Orientale, le célèbre Château de Noisy, ainsi que l’hôpital du Valdor, à Liège. Trois grands classiques de l’exploration belge qui sont passé de vie à trépas.

Ceci n’est pas un accès maladif de nostalgie mais un simple constat. Amer.
Faisons du passé table rase. Pourtant, sans passé, pas de mémoire...

Forges de Clabecq Clabecq
Les gigantesques Forges de Clabecq, en province de Brabant.
Peut-être le site industriel belge qui aura le plus cristallisé les émotions lors de la retentissante faillite durant les années 90. Personne n’a oublié Roberto D’Orazio et Alain Zenner...
La démolition finale a commencé en 2008.
Découverte sur le site Tchroski.

SAFEA La Louvière SAFEA La Louvière
Un des symboles de la chute de La Louvière...
Vaste complexe industriel qui fabriquait des engrais azotés, il fermera ses portes en 1978.
Depuis, l’abandon a permis à la nature de recoloniser l’endroit. Jusqu’à sa disparition en 2007.
Une galerie bien complète, toujours sur Tchorski.

Puits 18 Monceau-Fontaine Puits 18 Monceau-Fontaine
Assurément l’un des plus beaux carreaux de mine du pays.
Une belle unité architecturale qui sera réduite à néant en 1991, sur une nouvelle décision intelligente de la ville de Charleroi.
La beauté de ce site a largement dépassé nos frontières, en vain.
Visite sur le site PostIndustriel.be.

Ets. Motte Ets. Motte
Peu connus en dehors de Mouscron, les anciens Etablissements Motte ont permis à la cité des Hurlus de passer du statut de petit village de campagne à l’une des capitales belges du textile.
Entre 1907 et 1983, près de 2000 personnes viendront travailler ici.
Situés derrière la gare, personne ne pouvait manquer la tour-horloge, symbole du site.
La suite se trouve ici.

Valdor Liège Valdor Liège
Vaste hôpital construit en 1899 en briques et en pierres, il sera abandonné en 1987 au profit de bâtiments plus modernes.
Présentant une belle unité architecturale, sa visite impressionnera tous ceux qui oseront s’y aventurer.
La fin du Valdor commencera en 2006, avec l’extension du nouveau centre hospitalier. Seule la monumentale façade sera conservée.
Présentation du lieu sur Forbidden-Places.

Carcoke Carcoke Tertre, Buda-Marly & Zeebrugge
Trois sites, trois régions, le même destin.
Carcoke, en grande partie propriété de Cockerill-Sambre, a acquis au fil des années trois cokeries présentes à Tertre (Mons), Bruxelles et Zeebrugge.
Elles fermeront leurs fours courant des années 90 et seront livrées aux pilleurs pendant une décennie, avant de disparaitre.
Tertre et Zeebrugge seront visités par Tchorski, tandis que Buda-Marly le sera par Abandonned-Places.
La démolition de Buda-Marly causera un grand incendie qui fera grand bruit à l’époque.

Kasteel van Mesen Kasteel van Mesen
Un site tout bonnement exceptionnel.
Tour à tour château à vocation défensive, manoir de plaisance, distillerie de gin, sucrerie, école et pour finir, pensionnat pour jeunes filles.
Abandonné pendant trois décennies, le temps y a fait des ravages.
Sa vaste chapelle gardera, par contre, ses vitraux préservés durant tout ce temps. Un vrai miracle.
La démolition devrait bientôt commencer, à moins d’un improbable retournement de situation. Son dernier propriétaire serait le ministère de la Défense.
Description et visite par Forbidden-Places.
Edit - Finalement, j'ai eu le temps d'y aller, mais ce fût in extremis. Les photos sont ici.

Château de Noisy / Miranda Château de Noisy / Miranda
Celui-là, je peux dire que je le regrette amèrement !
Tenté mais raté en 2012 suite à un temps épouvantable rendant l’escalade de la colline totalement impossible, je m’étais dit que ce n’était pas si grave et que j’aurais encore l’occasion d’y retourner. Ben non !
Surtout qu’à cette époque, il était encore en relatif bon état et qu’il n’était pas encore devenu une attraction grand public. Ensuite, les choses se gâtèrent légèrement...
J’attendis avant d’y retourner avant d’apprendre un beau jour que sa démolition avait commencé. Et merde ! L’un de mes musts qui passe de vie à trépas !
Le combat de ses défenseurs contre le propriétaire sera un véritable mélodrame, relayé dans la presse, que je suivis avec une extrême attention. Depuis, de ce magnifique château néo-gothique, il n’en reste rien. Pathétique...
Description et visite par Forbidden-Places.

Les photos proviennent de leurs sites respectifs.

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décembre 2013

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