Mes prémices dans l’exploration urbaine

Quand j’expliquais sur la page consacrée à mes photos que je n’avais conservé de mes premières explorations que mes souvenirs, je tombe par hasard sur, justement, une image de l’un de ces lieux. De suite, il me fallait partager avec vous ces souvenirs.

Donc, retour au début des années 90.
Internet était encore totalement inconnu en Belgique, les jeunes de l’époque savaient parler, lire et écrire, on pouvait se balader après 20h sans risque, le téléphone ne servait qu’à téléphoner (et n’était pas une extension du corps humain) et No Limit de 2 Unlimited cartonnait à la radio.
Bref, une époque glauque au possible qu’il vaut mieux oublier. Soupir...
Ne faisant rien comme tout le monde (oui, déjà à l’époque !), je convainquis mon pote Laurent de m’accompagner dans des endroits que personne ne visitait, pour la bonne raison que ces endroits étaient totalement oubliés. Je ne sais pas pourquoi j’ai toujours eu cette attraction irrépressible. Peut-être pour le calme qui y règne ou pour avoir la chance de n’y croiser personne. Je ne sais pas en fait. Mais toujours est-il que ma passion pour l’exploration urbaine a réellement débuter en ce début de dernière décennie du XXe siècle. Bordel, ça me fout un coup de vieux st’histoire...
Allons-y pour une petite description des ces quelques lieux.

Usine Masurel
Voici une ancienne grande usine textile comme il en existait des dizaines à Mouscron.
Fermant les unes après les autres, quelques-unes ont eu la chance d’être reconverties alors que les autres sont déjà de l’histoire ancienne en 1992. C’est le cas de l’Usine Masurel.
Si l’activité textile a été arrêtée dès 1969, les bâtiments connaissent plusieurs réaffectations jusqu’à l’ouverture d’un magasin de meubles en 1977. En 1990, un incendie « accidentel » ravage les sheds (c’est-à-dire la majorité du site) mais épargne les bâtiments administratifs et un grand entrepôt aux extrémités du site.
Tels des Indiana Jones, nous nous amusions à entrer sur le site de la manière la plus discrète possible en échafaudant des plans les foireux les uns que les autres. Et une fois à l’intérieur, nous entreprenions d’explorer au maximum les bâtiments. Evidement, quand l’on a 14 ans, on ne pense pas aux risques. Des planchers qui craquent ou des passerelles donnant sur le vide ? Tant pis, on fonce ! En y repensant, nous avions eu à l’époque pas mal de chance !
C’est au détour d’un couloir que nous sommes tombé sur une grande salle totalement habillée de faïences. Si les extérieurs de l’usine étaient peu avenants, cette salle aurait assurément mérité d’être immortalisée. Malheureusement, Mouscron n’a jamais pris soin de son patrimoine et l’ensemble de l’usine a été démolie en 1997. En 2020, il ne reste plus qu’une usine historique encore débout. Sa mort est déjà programmée.

Usine Masurel

L'Usine Masurel en 1988

Château Allart
Ce petit château, je le connais depuis toujours. Ce n’est qu’en rédigeant le présent texte que je découvris son véritable nom. On en apprend décidément tous les jours.
Peut-être l’exploration la plus difficile. Totalement négligé depuis des décennies, il n’y avait pourtant pas moyen d’y pénétrer. Nous y essayant plusieurs fois, nous découvrîmes enfin un accès. Une fois à l’intérieur, nous restâmes bouche bée ! Tout y était encore en place, jusqu’aux bouteilles de parfum dans la salle de bain. La pièce centrale, de plan circulaire, était vraiment magnifique !
Ce lieu était tellement bien préservé à l’intérieur (l’extérieur était par contre totalement ravagé) que nous nous demandions s’il était vraiment abandonné. Evidemment qu’il l’était. Mais ce lieu avait un côté effrayant et nous n’y sommes plus jamais retourné.
Au début des années 2000, son sauvetage débutait. Le petit château était sauvé, j’en étais content.

Château Allart

Le Château Allart en 2003, lors de sa rénovation

Château des Comtes
Ayant son origine au XVe siècle, ce fier manoir a eu une histoire très mouvementée.
Désaffecté mais restauré extérieurement dans les années 70, le vieux manoir sera pendant deux décennies le grand oublié de la Ville. Même les habitants s’en contrefoutaient et seuls quelques passionnés voulaient le défendre. Sur les barbelés fermant l’accès au site trônait une affiche indiquant « Château à sauver ».
Les granges du XVIIIe siècles avaient soit été démolies, soit elles s’étaient vues retiré leurs toitures. Inutiles de dire que les bâtiments ont beaucoup souffert. Quant au château, si la façade avait fier allure, l’intérieur en revanche avait été vandalisé d’une manière assez violente. Des décors en stuc, il ne restait que quelques vestiges. Plus de plafonds, plus de planchers, juste les poutres principales qui maintenaient les murs débout. Nous nous amusions à l’époque à marcher sur ces poutres, à 5 ou 6 mètres du sol. La peur est inconnue à 15 ans.
Nous faisons aussi tout notre possible pour entraver l’accès à notre château préféré. Ainsi, nous récupérions le plus de bois possible pour monter des jambes de forces contre les portes et volets de fenêtre. Nous avions notre accès secret et il n’était pas question que des intrus viennent s’approprier notre butin.
Hélas, en 1994 ou 1995, des connards ont réussi à entrer et à y bouter le feu. Toute la charpente disparut et une reconstruction catastrophique eu lieu. Depuis, le château est en mal de stabilité et des équerres ont été être placées pour éviter tout effondrement. Quant aux granges, elles ont été modernisées (autrement dit massacrées) et prolongées par un magnifique bâtiment en béton. C’est moderne donc c’est beau. Et si vous pensez différemment, vous n’êtes qu’un con !

Château des Comtes

Le Château des Comtes, ou ce qu'il en reste...

C’est tout pour ces évocations de mes plus anciens souvenirs d’exploration urbaine.
Il me faudra 10 ans pour redécouvrir l’urbex à travers Internet.

11
février 2020
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