Stade de Sclessin

20
janvier 2020

De l’enfer, il en sera souvent question pour le populaire club de bord de Meuse.
Tant pour ses adversaires que pour ses propres supporters.

Stade Maurice Dufrasne

Les origines

Royal Standard Club de Liège Le Standard de Liège sera porté sur les fonts baptismaux en 1899. Fondés par des élèves du Collège Saint-Servais déçus par le FC Liégeois, le club sera baptisé « Standard Football Club Liégeois ». A noter que concernant le nom du club, il s’en valu que d’une seule voix pour que le nouveau club s’appelle le « Skill Club Liégeois ».
Contrairement à d’autres clubs fondés à la même époque, le Standard ne devra attendre qu’une petite décennie avant de se fixer définitivement. Après avoir évolué sur les collines de Cointe, au vélodrome de la Boverie (là où le grand rival du Royal Club Liégeois a évolué peu de temps avant) ou encore à Grivegnée, le club (présidé depuis peu par Maurice Dufrasne) acquiert une prairie proche du Château de Sclessin, vaste demeure datant du XVIIIe siècle. De l’autre côté de la Meuse se trouve un vaste complexe sidérurgique.
De stade, il n’en est cependant pas encore véritablement question. Outre le terrain, le club ne dispose de rien d’autre. En guise de vestiaire, les joueurs utiliseront un local mis à disposition dans un café proche du terrain.

Très vite cependant, le club se dote d’une vraie enceinte dédiée au football : une tribune d’honneur longe le terrain et surmonte les nouveaux vestiaires. Il faut dire que le club a obtenu très vite le droit de jouer en Division 1 et il lui fallait dès lors des installations dignes de ce nom. D’années en année, le stade s’agrandi (avec une très belle tribune d’honneur) et en 1925, il compte déjà 20.000 places.
En 1940, une grande tribune debout et couverte sera construite en face de la tribune d’honneur. Cette nouvelle construction en béton peut accueillir 10.000 personnes. Une fois les affres de la guerre terminées, les installations du Standard connaitront un Royal Standard Club de Liège nouvel agrandissement : la tribune d’honneur sera élargie sur toute la largeur du terrain et une nouvelle tribune debout sera construite du côté du terril. Le stade peut alors accueillir 36.000 personnes. Le stade ne connaitre plus alors de modifications majeures et sera renommé en l’honneur de son ancien président Maurice Dufrasne.
Toutefois, pour pouvoir disputer ses matches en nocturne, le club investit dans les années 60 dans un éclairage révolutionnaire. Installés sur quatre pylônes relativement bas aux coins du terrain, celui-ci offre un éclairage optimal et fera la fierté du club mosan.

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Euro 72

Euro 72 Si le club dispose depuis maintenant de longues années d’un stade de grande capacité et assez confortable, certaines parties du stade commencent cependant à montrer des signes de fatigue. Qu’importe, l’Euro 72 s’arrêtera quand même à Sclessin mais ne verra qu’une seule rencontre : le match pour la troisième place, remporté par la Belgique face à la Hongrie sur le score de 1-2. A noter que seuls 6.184 spectateurs assisteront à la victoire des belges.

Dès l’année suivante, une nouvelle grande tribune sera construite du côté du quai Vercour et portera la capacité de Sclessin à 43.000 places.
L’éclairage est lui aussi renouvelé et sera conçu par les deux géants mondiaux dans le domaine de l’éclairage public : la société belge Schréder et les néerlandais de Philips.

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L’« affaire » & modernisations

Depuis sa fondation, le Standard est parvenu à devenir un club prestigieux en Belgique en remportant 8 titres de champion, 4 Coupes de Belgique et atteignant même la finale de la Coupe des Vainqueurs de Coupe face au FC Barcelone en 1982. Ses succès fidéliseront au fil des décennies un public nombreux et fidèle. Ainsi, alors que le rival du Club Liégeois trouve ses supporters principalement à Liège, le Standard comptera des fans à travers tout le pays, et spécialement dans le Limbourg néerlandophone fort proche. A l’instar du Club de Bruges et d’Anderlecht, le Standard est devenu un club véritablement national et non plus cantonné à sa ville.
Royal Standard Club de Liège Malheureusement, en compagnie du président Paul Henrard (entre 1952 et 1977), le secrétaire général Roger Petit, à la tête du club de manière autoritaire entre 1945 et 1984, tombera dans la facilité en 1982. Afin de gonfler le budget du club et s’assurer le titre de champion en 1982, le club tiendra une comptabilité parallèle afin d’éluder l’impôt et corrompra le club de Waterschei SV THOR Genk.
Une enquête du juge Bellemans pour le compte de la BSR et commencée en octobre 1983 conduira à de graves conséquences pour le club :

  • Roger Petit et l’entraîneur de l’époque, le célèbre Raymond Goethals sont radiés à vie.
  • Les joueurs suivants sont suspendus 1 an (6 mois en appel) : Jos Daerden, Walter Meeuws, Théo Poel, Simon Tahamata, Michel Preud'homme, Gérard Plessers et Guy Vandersmissen.
  • Eric Gerets est suspendu 3 ans (2 ans en appel) et partira à l’AC Milan.
  • Seuls Arie Haan (acquitté au bénéfice du doute), Poel, Preud'homme et Vandersmissen restent au club. L’effectif sera complété par les jeunes du club, qui ne sont évidemment pas prêts.
Une chance pour le Standard, le club bénéficie de la prescription et ne sera dès lors pas rétrogradé. Mais la perte des pièces maitresses de son effectif enverra le club mosan dans les tréfonds du classement pendant de nombreuses saisons. Club omnisports, le Standard doit aussi abandonnés toutes ses sections (tennis, basket, hockey et rugby) pour garder la tête hors de l’eau.
De club populaire, le Standard est devenu le club le plus craint et haï du pays. Frustrés par l’affaire et les mauvais résultats, les plus fidèles supporters deviennent aussi les plus violents. L’hooliganisme fait son entrée fracassante en Belgique par le Standard.

Royal Standard Club de Liège Après le départ forcé de Petit, un nouveau duo arrive à la tête du club : Jean Wauters comme président et André Duchêne en tant que directeur, Paul Henrart devenant président d’honneur.
La descente aux enfers du club n’empêchera pas la modernisation du stade, qui en a grandement besoin mais au fil des modernisations, la capacité d’accueil ne fera que se réduire. Ainsi en 1985, une nouvelle tribune d’honneur (payée par Duchêne) remplace celle datant de 1925. S’inspirant du Stade Constant Vanden Stock d’Anderlecht, elle comporte deux étages de places assises et entre les deux, de luxueuses loges offrant une vue imprenable sur la pelouse. Le projet d’origine visait à ceinturer tout le terrain de cette nouvelle construction, mais un budget réduit ne permettra que la construction sur un seul côté du terrain.
En 1992, la vieille tribune debout de 1940 est détruite. A sa place, une vaste tribune disposant de places debout, assises et de business-seats. Le stade ne plus accueillir que 25.000 personnes, ce qui ne cause pas de problème puisque le public a quelque peu déserté Sclessin depuis l’affaire. D’une enceinte régulièrement remplie dans les années 70, la moyenne passe sous la barre des 10.000 spectateurs.

De cette période noire, le club ne parviendra qu’à gagner une Coupe de Belgique en 1993.
Le chemin de croix sportif du Standard n’est pourtant pas près de s’arrêter...

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L’Euro 2000 & la rédemption

Comme expliqué sur la page consacrée au Vélodrome de Rocourt, le Standard est occupé à faire le vide autour de lui. La rénovation nécessaire de Sclessin passe par l’accueil de l’Euro 2000 dans son stade. Et pour être certain de décrocher la timbale, le Standard débauchera le directeur du FC Liège Pierre Delahaye, le président-mécène Gérald Blaton et le directeur Francis Nicolay du FC Seraing, ainsi qu’une grosse partie du noyau de ce dernier club. De ce fait, Sclessin reste le seul stade la région en lice pour l’Euro 2000.
Dès 1995, une nouvelle tribune sortira de terre côté terril mais restera inachevée pendant 4 ans. Deux étages seront construits mais aucun toit ni aucun siège ne seront installés. Cet imbroglio a été causé par le refus du groupe Kinepolis de s’installer sous cette nouvelle tribune.
Kinepolis préfèrera s’installer à Rocourt, en lieu et place du vénérable vélodrome.

Euro 2000 En 1999, un budget serré permettra la rénovation de trois tribunes. Côté Vercour, la tribune de 1973 est rasée et remplacée par une nouvelle construction de trois étages. Pour la tribune principale et celle du côté terril, un troisième étage sera construit. La tribune 2 (de 1992) verra seulement ses places debout converties en places assises.
Il en résultera un stade bizarre mais unique : un troisième étage perché au-dessus du vide dans les coins, des gradins très inclinés et une nouvelle toiture à l’utilité toute relative. La capacité remonte à 30.023 places.
L’Euro 2000 se déroule sans incident avec trois matches :

  • Allemagne-Roumanie (1-1)
  • Norvège-Yougoslavie (0-1)
  • Danemark-République tchèque (0-2)
Point de vue sportif, le club revient peu à peu sur le devant de la scène, sans pour autant retrouver sa gloire d’antan en arrivant plusieurs fois finaliste de la Coupe de Belgique ou terminant sur le podium du championnat. Quant à la Coupe d’Europe, quelques participations sans grande saveur, excepté une finale de la Coupe Intertoto en 1996.

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En route vers le futur

L’arrivée en 1998 de l'homme d'affaires suisse Robert Louis-Dreyfus (patron d’Adidas) et du manager Lucien D'Onofrio permet au club d’éviter la faillite et d’enfin espérer un avenir plus radieux.
Le club dispose alors d’un stade correct et respectant les critères de l’UEFA mais pas d’une équipe digne de ce nom.
Au fil des années, quelques noms ronflants sont engagés (Émile Mpenza, Robert Prosinečki, Sérgio Conceição, Ricardo Sá Pinto) et de jeunes joueurs (et futures stars belges) permettront au Standard de doucement remonter la pente.
En 2008, et après 25 ans d’attente, les supportes Rouches peuvent enfin fêter le titre de Champion de Belgique. Le club remet le couvert en 2009 puis remporte la Coupe de Belgique en 2011, 2016 et 2018. Le Standard n’est enfin plus la risée du football belge. Royal Standard Club de Liège

Le succès aidant, Sclessin commence à devenir un peu petit et un agrandissement ou un déménagement sont étudiés. Partir loin de son antre historique est vite oublié et c’est une rénovation assez lourde qui est privilégiée. Mais comme souvent en Belgique, le dossier est compliqué et les travaux tardent à commencer. Il aura fallu dix ans au club pour boucler le projet et en 2019, enfin, le permis de bâtir est déposé.
Le projet prévoit la fermeture complète du stade, la démolition-reconstruction de la tribune 2 et l’aménagement des environs du stade. Quant à la capacité, elle sera de 32.000 places. On reste loin des 50.000 places projetées en 2009...
En espérant que Sclessin parvienne à conserver son âme et sa célèbre ambiance.

Stade de Sclessin

L’image la plus ancienne du stade, vers 1910 : un terrain et ses installations sommaires, les usines et la Meuse.
 

Stade de Sclessin

En 1925, Sclessin offre déjà un visage plus accueillant : des tribunes occupent les quatre côtés du terrain.
 

Stade de Sclessin

La nouvelle tribune d’honneur, construite pour les débuts du club en Division 1.
 

Stade de Sclessin

Le stade peu après la construction de la grande tribune debout (en 1940, à droite). Capacité : environ 30.000 places.
 

Stade de Sclessin

Depuis la tribune d’honneur, en 1953.
 

Stade de Sclessin

Vue depuis le terril, dans les années 60. Sclessin est alors un stade moderne et accueillant.
 

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Match entre le Standard et le Real Madrid le 13 avril 1962 (0-2).
 

Stade de Sclessin

Le fameux éclairage révolutionnaire en 1970. C’est dans ce cadre que se déroulera l’Euro 72. Dès l’année suivante, la tribune de droite et l’éclairage seront remplacés.
 

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La tribune Vercour, construite en 1973. Le stade peut accueillir dès cette année-là 43.000 personnes.
 

Stade de Sclessin

Le Stade Maurice Dufrasne à l’aube des années 80. Pour le moment, tout va bien pour le club...
 

Stade de Sclessin

Le match maudit entre le Standard et Waterschei le 8 mai 1982. Le début de la fin pour le Standard.
 

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Sclessin en 1985. L’antique tribune de 1925 (et ses extensions) est démolie.
 

Stade de Sclessin

Dans une ambiance délétère, le Standard joue dans un stade amputé.
 

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Stade de Sclessin

Le club peut enfin fêter quelque’chose de positif : l’inauguration de sa nouvelle tribune.
 

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La ressemblance avec le Stade Constant Vanden Stock est frappante.
 

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Vu du haut du terril, Sclessin entame sa mue. Prochaine étape, l’antique tribune 2 de 1940.
 

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Même angle de vue, mais cette fois en 1992. La nouvelle tribune 2 domaine désormais tout le stade. Capacité totale : 25.000 places.
 

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Le repère des hooligans du Standard, démoli en 1995 et remplacé par une tribune qui restera inachevée pendant 4 ans.
 

Stade de Sclessin

Avec l’Euro 2000 en ligne de mire, Sclessin est de nouveau en travaux.
© Gérard Guissard • Flickr

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On ajoute un étage à la tribune d’honneur.
 

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Le stade du Standard est prêt pour l’Euro 2000.
 

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La tribune d’honneur et son nouvel étage. Assurément impressionnant.
 

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L’angle entre la tribune 1 et 3, avec le dernier étage perché dans le vide.
 

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Même chose de l’autre côté du terrain.
 

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La tribune des supporters les plus chauds, bien calmés depuis plusieurs années.
 

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En 2008, renouvellement de tous les sièges.
© Peter Miles • Flickr

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La tribune 2, datant de 1992 et prochainement démolie.
 

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La remplaçante de la tribune 2. Début des travaux ? 2020 ? 2021 ?
 

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Le projet de rénovation dans son ensemble.
 

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Au moins, Sclessin restera un stade atypique à l’intérieur et espérons qu’il puisse garder son ambiance intacte.
 



Note

  • Cet article provient de mon ancien site www.foothisto.be mais n’a jamais été publié.
    Il a été quelque peu modifié et actualisé dernièrement (janvier 2020).

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